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Association de Généalogie des Hautes-Alpes

Une implantation française au sud du Brésil au XIX° siècle (3)
Article mis en ligne le 1er janvier 2018
dernière modification le 8 janvier 2018

par AGHA.
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3- La Communauté rurale de Saint Antoine

A la fin de 1879, les Français ont abandonné São Feliciano définitivement. Ils ont cherché un nouvel endroit pour vivre. Ils sont partis dans la région de Pelotas, qui paraissait attirante. Ils sont alors entrés en contact avec le commerçant João Antônio Pinheiro, qui avait acheté des terres dans les montagnes des Tapes, intérieur de la municipalité de Pelotas, région encore vierge. Les terres qu’il a achetées, formaient initialement 2.500 hectares, et après les avoir négociées avec le groupe français de São Feliciano, un nouveau noyau agricole s’est formé.

D’où sont venus les Français ?

Le groupe qui a fondé la communauté rurale venait de diverses parties de la France. Ces Français sont arrivés au Brésil à des époques et dans des conditions différentes. Mais ils avaient un point en commun : la pauvreté.
Quelques-uns disaient que leur départ pour le Brésil était dû à des familles trop nombreuses qui n’avaient pas suffisamment de terre, d’autres au désir de changer de statut social. La population rurale française avait un système agricole qui ne pouvait pas survivre avec le développement de la société. Le système d’héritage était inégalitaire (seul le fils aîné pouvait hériter de la terre). Un grand nombre des Français étaient viticulteurs et le phylloxéra avait détruit leurs vignes. Enfin, la géopolitique et la démographie européennes de cette époque, les rapports avec l’Espagne, l’Italie ou l’Allemagne, les ont conduits vers les Amériques.
C’est pourquoi ils sont partis par groupes de “voisinage” (groupes de la même famille ou de mêmes communes) surtout en provenance de la région des Pyrénées et des Alpes. Ils sont partis par les ports de Marseille, de Bordeaux, de Nantes et du Havre.

Sa localisation
La communauté agricole française de Saint Antoine (colônia de Santo Antônio) est localisée dans le Quilombo, nom du septième district de Pelotas. C’est l’un des districts coloniaux les plus traditionnels de la municipalité, et aussi celui qui a le plus haut relief de la région. Elle est installée dans les montagnes des Tapes, un paysage vallonné de collines. Une autre caractéristique de cette région est sa particularité géologique : les roches granitiques. A 35 kilomètres de Pelotas, Saint Antoine est une région constituée de petites propriétés pratiquant une polyculture morcelée. La pêche est la principale ressource. Les frontières de la communauté française sont : au nord, les “Tres Serros”, le point culminant de la région de Pelotas ; à l’est, la petite rivière Andrade, qui s’étend sur 18 km avant de se jeter dans la rivière Pelotas. Elle est une source importante d’énergie hydro-électrique. A l’ouest, la petite rivière Quilombo, sur 25 km, affluent aussi de la rivière Pelotas, a une réelle importance agricole ; et au sud, la rivière Pelotas elle-même qui prend sa source au Ponte Cordeiro de Farias. Exceptée la communauté française, le district du Quilombo a deux autres groupes de populations : la Ville Neuve (Vila Nova) et le Refuge des Bachini où se trouvent la sous-préfecture (c’est ce bâtiment-là qui va devenir le Musée Français de Pelotas) et l’écluse de la petite rivière Quilombo, alimentant le Réservoir Sinnott qui approvisionne la population pelotense.

Les anciens registres et les descendants racontent que le lieu de la colonie était une forêt vierge quand les Français sont arrivés, et qu’ils l’ont défrichée et plantée.
A l’origine la communauté a été divisée en trois sections : deux pour les Français et une pour les Allemands, mais cette distinction s’est estompée plus tard parce que les colons d’autres nationalités sont venus acheter des terres dans la Colonie Saint Antoine, en changeant les habitudes et coutumes locales.
Dans la partie française, on trouve deux routes : celle d’Andrade et celle des Français.
En 1897 le chemin d’Andrade a compté 19 foyers avec une centaine habitants où se côtoyaient des Français, des Italiens, des Espagnols et quelques familles d’une autre origine. Au nord de ce chemin, se trouvait une vieille fabrique de papier, propriété des Italiens Bonnora et Piccardo. La fabrique fonctionnait à l’eau et fut inaugurée en 1892.

Le chemin des Français, le premier à être habité, comptait en 1897 22 foyers et approximativement 150 habitants. La plupart des maisons étaient en pierre avec un sous-sol servant de cave à vin.

Durant la première décennie de la fondation de la communauté, c’est-à-dire de 1880 à 1890, les paysans venus de Saint Feliciano, mangeaient ce qu’ils trouvaient dans la forêt, des fruits sauvages. Avec les premières plantations de pommes de terre, maïs et haricots pour leur propre consommation, ils ont rassemblé du bois qu’ils ont vendu en ville pour l’extraction de l’encre de pigmentation pour le cuir dans les fabriques pelotenses.

Mais bientôt, ils ont cherché un produit, non pour leur autosubsistance, mais pour le commerce. C’est un aspect du dynamisme existant dans le groupe français, alors que les autres colonies ne plantaient que des produits pour leur autoconsommation.

Pour commercer ils ont essayé le piretro (Chrysanthemum cinerariaefolium Vis) et dans une moindre mesure la canne à sucre. Puis ils ont commencé à cultiver la luzerne et le raisin. La luzerne est vite devenue le premier produit à être exploité commercialement par la colonie entière dans la décennie de 1890. Initialement ils plantaient de la luzerne qui, après avoir été coupée et séchée, servait de fourrage et d’alimentation pour les animaux, et principalement pour les chevaux qui étaient le moyen de transport le plus commun, montés ou attelés.
Les colons qui n’avaient pas assez d’argent pour cultiver ou vendre leurs produits pouvaient chercher d’autres activités, comme dans le déboisement, dans les plantations d’autres fermiers en association, étant payés en fonction de leur productivité dans le travail. La production de la luzerne a permis à la colonie Saint-Antoine d’améliorer sa vie et de se développer.

Quelques familles ont pu investir dans des vergers d’oranges, coings, poires, pommes, pêches et raisins, ce qui a permis l’apparition de petites fabriques rurales. La première, en 1900, fut celle de la famille Pastorello (originaires du Piémont, ils avaient émigré en France puis s’étaient établis au Brésil). Ces fabriques ont été à l’origine de l’industrie agro-alimentaire de Pelotas. Dans ces fabriques ont été fabriquées des conserves de légumes, de la compote et confiture de pêche et des confiseries comme la pâte de coings, la pâte de pêches et autres.
Les raisins de cépages américains qui étaient les plus diffusés dans le Rio Grande do Sul furent cultivés par quelques Français dès la fondation de Santo Antonio. En 1898, chaque famille française avait son champ de vigne pour sa propre consommation, avec de petites caves. Le vin produit était jugé de bonne qualité par les techniciens de l’École d’Agronomie Eliseu Maciel. Des techniciens étaient venus conseiller les Français.
Ensuite, les Français ont commencé à vendre leurs vins et la colonie s’est développée en devenant la référence pour toute la région.
Entre 1913 et 1914, les produits principaux des Français de Santo Antonio étaient le raisin et la luzerne.
Dans la décennie 1930 la culture de la pêche se développe et elle devient le fruit le plus cultivé ; le vin est désormais la base économique de la colonie qui conserve sa production de luzerne.
Dans les décennies 40 et 50, le commerce des fruits et des légumes se développe, cependant que la luzerne et le raisin sont encore importants, mais dans les années 50, le vin commence à décliner beaucoup.
Au début des années 60, les pêchers prédominent là où avant il y avait des vignes, en raison des instructions gouvernementales qui visaient à limiter cette production depuis les années 30. À ce moment, les producteurs les plus importants étaient déjà morts et leurs plantations et propriétés avaient souffert des divisions entre les héritiers qui ne pouvaient reprendre l’affaire familiale. La vente des propriétés et le départ de beaucoup de familles de la colonie ont encore accentué le phénomène. Quelques années plus tard, Pelotas était devenu un important centre industriel et les Français ne parvenaient pas à développer leurs activité. Ils sont cependant restés fournisseurs de matière première pour les grandes industries alimentaires.

Un autre fait curieux est que la culture de la pêche, maintenant dominante, s’est aussi développée au sein des autres communautés, ce qui ne s’était pas passé dans les premières décennies du XXe siècle avec la culture duraisin qui était restée cantonnée à la Colonie de Santo Antonio. La ville de Pelotas doit aux Français cettediffusion de la pêche, qui l’a fait devenir la plus grande productrice de ce fruit au Brésil.

La situation actuelle

Actuellement, l’économie de la ville de Pelotas est en crise. La population, tant urbaine que rurale, s’appauvrit.
Beaucoup de descendants des familles françaises ont abandonné les cultures et ont migré dans les grandes villes, confrontés à d’autres problèmes sociaux. Le Brésil vit actuellement d’importantes difficultés économiques, sociales et politiques. Les descendants perdent leurs racines françaises. Il leur faut trouver de nouveaux chemins.

Les projets : Musée et Tourisme rural

Quelques descendants essaient de trouver un nouveau chemin pour que l’histoire et la culture françaises ne disparaissent pas pour toujours du sud du Brésil. Je fais partie de ceux-là. Je suis professeur d’Histoire bien que je n’enseigne pas. J’ai développé un projet dans lequel l’histoire et l’identité des descendants français sont valorisées. Ce travail a donné des idées à plusieurs autres. Et c’est ainsi qu’est apparu le projet de la fondation d’un Musée de la présence française et un autre projet de Tourisme rural. Nous sommes encore au début de ce difficile travail, un travail d’évaluation de la mémoire, d’évaluation de la vie, des origines, et au total d’évaluation de la personne dans son ensemble.

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