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Association de Généalogie des Hautes-Alpes

Les Glacières de la Roche-des-Arnauds
Article mis en ligne le 1er janvier 2018
dernière modification le 8 janvier 2018

par AGHA
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La conversation par le froid de la glace naturelle avait une importance essentielle au début de notre siècle car il était le seul moyen d’assurer la qualité de fraicheur dans le commerce alimentaire ainsi que dans la restauration.

C’est un marseillais, M Gignoux, qui créa la première glacière à la Roche-des-Arnauds en utilisant simplement à la fois les eaux limpides de la rivière du Buëch et le froid vigoureux de nos hivers. Quatre bâtiments d’exploitation de la glace virent ainsi le jour dans notre commune, d’autres furent aussi construits dans le département. ( Aspres-sur-Buëch , La Faurie...)

Cette petite industrie locale permis de donner du travail et de soutenir l’économie du village pendant une période, l’hiver, où l’activité agricole était réduite. Elle disparut rapidement dés l’apparition de l’électricité et des progrès des transports frigorifiques.

 LE DÉBUT DES GLACIÈRES

En 1882, M Gignoux, industriel marseillais, demande le premier l’autorisation d’alimenter par une prise d’eau sur le Petit Buëch, ses étangs à glace prévus pour une superficie de 10 hectares. L’introduction de cette industrie dans le département crée rapidement de nouvelles vocations :

En 1884 les sieurs Gaudes et Mondet demandent l’autorisation d’une prise d’eau sur le Petit Buëch pour créer une glacière à Pré Robert : Autorisation refusée.
La même année, un autre marseillais, M. Gaudery voit sa demande de création de glacières refusée.
Toujours en 1884 M. Dupont Philippe voit sa demande d’autorisation de prélever l’eau du Petit Buëch acceptée.

En 1893, M. Jacques Pelloux veut faire une prise d’eau sur le Rif de l’Arc pour alimenter une glacière à construire à Champs Martel. Le débit de l’eau n’étant pas assez important, l’ autorisation est refusée.

En 1891, les sieurs Mondet et Rostain obtiennent l’autorisation de prélever 25 litres d’eau par seconde dans la rivière pour alimenter la glacière qu’ils envisagent d’établir aux Auches.

Enfin une glacière exploitée par M. Dupont, dit le Zouave, fut construite à la sortie du village, elle brûla en 1925.

 L’ EXPLOITATION DES GLACIÈRES

L’eau arrivait dans le lac artificiel par le canal d’amenée.Une fois rempli , le niveau du lac variait de 0,50m à 1,50m et même 3,50m pour la glacière de M Gignoux , route de Manteyer , ce qui nécessitait la présence de bouées de sauvetage tout autour du lac. L’eau était constamment maintenue au même niveau par un canal d’écoulement . Le froid « prenait » petit à petit l’eau et la transformait lentement en glace : une vingtaine de jours environ étaient nécessaires pour faire une couche de glace suffisante (22 cm). S’il venait à neiger et que la couche de neige soit peu importante , entre 5 et 10 cm , on la raclait avec des « rabasses », racloirs de 50 cm à 1,50 m de large poussés par un ou deux hommes et parfois avec des racloir de 2m à 2,m50 tirés par des chevaux. Si au contraire la chute de neige était plus importante , on la faisait « boire » , c’est à dire qu’on perçait des trous dans la glace avec des haches spéciales. L’eau montait à la surface et imprégnait la neige pour la transformer ensuite en glace.

Pour récolter la glace , il fallait tout d’abord tracer , avec une charrue spéciale , de longs sillons espacés de 80 cm sur toute la longueur du lac. Les bandes étaient ensuite découpées , avec des scies à glace , en tronçons de 4 m de long. Les piqueurs intervenaient alors en frappant en cadence avec leur piques dans le sillon tracé précédemment par la charrue. Les blocs ainsi découpés (4m x 0,80m) , étaient amenés à l’aide d’un « arpic » par les « résilleurs » jusqu’au bas du bâtiment de stockage. Un ouvrier divisait ces gros blocs avec une grosses piques en morceau de 1 m de long environ.

Les blocs de glace ainsi prêts au stockage étaient dirigés vers le bâtiment où ils étaient emmagasinés jusqu’à leur expédition. Au début de l’exploitation des glacières , les blocs de glace étaient poussés par des ouvriers armés de piques et placés de part et d’autre de la rampe d’accès au bâtiment. Un peu plus tard , c’est un wagonnet tiré par des chevaux qui remplacera les hommes et en 1929 le moteur électrique assure ce travail.

A l’intérieur de la glacière les blocs descendaient par une rampe pour former une première couche de glace. D’autres rampes permettaient de remplir ainsi la totalité de la glacière , soit une hauteur de glace de 10 m environ. Pour conserver le froid , les murs du bâtiment étaient isolés par une couche de sciure de 15 cm maintenue par une paroi de planches et le plafond par une couche de paille. La glace pouvait ainsi quelque fois être gardée plus d’un an en cas de mauvaise vente. Suivant les conditions météorologiques et si ,au contraire , les ventes étaient importantes , il était possible de faire 2 récoltes dans l’année , la meilleure étant toujours celle faite avant la Noël. A l’inverse , il pouvait aussi y avoir des années sans glace faute de froid. Ce n’était certes pas le cas en février 1905 , comme nous en informe cet article des Alpes Républicaines : « Samedi dernier , un groupe de patineurs s’est rendu à la Roche des Arnauds où l’accès des étangs des glacières est libre. On y coupe pas la glace en effet depuis longtemps car les froids vigoureux du commencement de l’hiver ont permis à Mrs Gignoux et Rostaing de remplir leurs glacières et de faire des stocks plus que suffisants.. »

Au début de son exploitation , la glace était transportée à la gare de Montmaur avec un cadre, gros tombereau de 4 m3. La création d’une station de chemin de fer en 1885 permit l’amélioration des expéditions. Une partie de la production était expédiée sur Gap , et parfois les clients venaient chercher eux-mêmes leur marchandise. Mais la plus grande partie de la production partait pour le sud-est de la France : Drôme , Vaucluse,Var, Bouches du Rhône, Alpes de Haute Provence, Isère... Les livraisons se faisaient par wagons plats , où les pains de glace étaient déposés à même le plateau et séparés entre eux par des feuilles de papier et isolés de l’air par des matelas en crin.

Pour faire marcher ces exploitations de glace , une centaine d’ouvriers saisonniers travaillaient ainsi. Ils venaient du village mais aussi de Manteyer , de Montmaur ,de Rabou et du Veynois.Les ouvriers étaient employés 10 à 15 jours (du découpage au stockage) dans une période s’étendant de Décembre à Mars. Ceux qui étaient chargés des expéditions et des livraisons travaillaient de Juin à Septembre.

Le commerce de la glace naturelle rencontrait plusieurs difficultés :

  • La première était la chaleur : il arrivait , pendant l’été , que la cargaison d’un wagon soit réduite de moitié après un trajet de 200 ou 300 km.
  • Les taxes d’octroi sur la glace étaient exorbitantes dans le sud-est. A Marseille le droit d’entrée était de 5 F par kilo, soit 50 F la tonne, alors que la glace arrivant en gare ne coûtait que 25 F la tonne, soit 200% payé pour l’octroi ! Ces taxes avaient été établies à une période où l’on considérait la glace comme une marchandise de luxe.
  • D’autres facteurs sont aussi intervenus dans la disparition de cette petite industrie : la rivalité et la jalousie entre les différents exploitants, mais surtout la lente mais sûre progression du froid « électrique » et des wagons frigorifiques.

Au premier Congrés International du Froid en 1908, M. Itier, industriel à Gap, préconisait deux solutions pour diminuer les charges qui grevaient le prix de la glace. Il suggérait d’abord une amélioration du tarif de chemin de fer en souhaitant une diminution de 5% par 100 km pour les wagons chargés de glace. Ensuite il demandait une diminution des taxes d’octroi, en étendant à la glace le bénéfice de la loi dite « des boissons hygiéniques » qui fixait un maximun de taxe aux municipalités pour l’entrée des liquides usuels. M. Itier termina son intervention par ce paragraphe :

« Utile réforme : glace à bon marché pour l’ouvrier , et du pain aux montagnards.Cette mesure , essentiellement démocratique , mérite l’attention toute spéciale du Gouvernement : elle pourrait alors faciliter l’usage de la glace à bon marché et fournir des salaires aux populations déshéritées des pays montagneux , qui trouveraient ainsi l’utilisation de leur main d’oeuvre pendant l’hiver »

Dés le début de la première guerre mondiale, en 1914, la glacière de M. Dupont fermait ; celle de la gare cessait son activité en 1923. En septembre 1939 la glacière de M. Rostain était encore à moitié pleine.

Elle fut vidée de ses pains de glace (remis dans le lac) pour être transformée en dépôt militaire.

L’exploitation de la glace ne reprit pas à la fin de la deuxième guerre mondiale.


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