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Association de Généalogie des Hautes-Alpes

Fait d’Hiver : La catastrophe de l’avalanche de la Monta en 1885
Article mis en ligne le 1er janvier 2018
dernière modification le 8 janvier 2018

par AGHA
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Un douloureux événement que la plupart de nos lecteurs connaissent déjà, vient de plonger dans la consternation les paisibles populations de notre région : nous voulons parler de la terrible avalanche qui vient d’ensevelir quatre humbles maisons du hameau de La Monta, commune de Ristolas et, avec elles, de trop nombreuses vic­times.
Nous recevons à ce sujet la correspondance ci-après :
Notre pauvre vallée du Queyras semble avoir la prédestination du malheur. Сеs dernières années de gros villages disparaissaient anéantis par le feu, élément destructeur fort appréhendé partout certainement, mais plus encore chez nous qu’ailleurs, étant données la nature de nos constructions et l’insuffisance des secours.
Un agent perturbateur, presque inconnu dans nos régions jusqu’à ces derniers temps, d’une puissance inouïe, jeta, pendant les deux derniers mois de l’année écoulée, la terreur au sein de nos populations et compromit pour toujours la soli­dité de nos édifices, même les mieux construits : Je veux parler des tremblements de terre.

Enfin voici que, comme couronnement, la neige se met de la partie : Jusqu’au l6 courant, nous avions, couche régulière, environ 25 centimètres de neige, tombée très tard et à plusieurs re­prises. On disait communément : « Les saisons sont changées, nous n’avons plus les neiges d’antan. » Pronostic téméraire en effet, car elle commença à tomber dans la nuit du 16 au 17, vers minuit et continua sans interruption jus­qu’au 18 à 11 h. 30 du soir, soit 48 heures ; cette énorme quantité de neige, fouettée, pourchassée violemment par une tourmente terrible, pénétra dans les habitations les mieux fermées, à la grande désolation des ménagères, et pendant que sur quelques points il n’y en avait pas ou bien peu, en d’autres elle était accumulée et mesurait jusqu’à 8 mètres et plus. En somme la moyenne varie de 1 métré 20 à 2 mètres dans la vallée, quantité effroyable que de longtemps on n’avait vue, aussi pendant deux jours on ne voyait qu’une agitation continuelle de flocons de neige obscur­cissant tellement l’air qu’à 200 mètres on ne dis­tinguait pas une maison. Pendant ce temps les villages semblaient déserts et finalement, le 19 au matin, obstruction complète des portes et fenê­tres du rez-de chaussée. Immédiatement on se mit à l’œuvre, on pratiqua des issues, des tran­chées dans les rues, on envoya des hommes de corvées à la rencontre de ceux des communes voisines et le 20 seulement on eut les nouvelles suivantes qui ne sont rien moins que navrantes : Le 18, à 9 heures du soir, quelques habitants du hameau de La Monta, commune de Ristolas, sortis sur le seuil de leur porte, entendirent un bruit sourd, lointain, mugir dans la montagne. Pressentant une imminente catastrophe, terrifiés par la pensée que peut être bientôt ce bruit insolite serait suivi du silence de la mort pour quel­ques-uns d’entre eux, ils demeurèrent interdits. Soudain un vent impétueux, chargé de poussière de neige, les renversa, força les portes, fit cra­quer les charpentes, et finalement quatre maisons voisines disparurent sous une énorme avalanche ensevelissant deux familles, soit neuf personnes, dont on n’a pas de nouvelles à l’heure où j’écris.

Le même jour, à 9 heures du matin, le hameau de l’Echalp, même commune, composé d’environ vingt-cinq foyers, a également vu disparaître, sous une énorme coulée de neige, quatorze de ses habitations ensevelissant nombre de familles, ainsi que tout le bétail.
Ce vaste et lourd manteau ne provenant que de quelques centaines de mètres n’avait fait qu’écraser les toitures sous son poids ; des secours aussi prompts que bien dirigés permirent d’ex­traire sans accident et sains et saufs tous les malheureux des décombres.
Comme vous le voyez, pour une commune de moins de quatre cents âmes, ce serait beaucoup trop pour une année, et pourtant les avalanches n’ont pas dit leur dernier mot. Celles que d’habi­tude on appréhende le plus n’ont pas coulé encore ; comme complément disons que le froid est très vif, 16,18° — 0 (-16, -18) en ce moment, de 18 à 22 (-18, -22) avant la chute de la neige.
A la nouvelle de cette épouvantable catastrophe plie, M. le Préfet a envoyé sur les lieux M. l’Agent-voyer chef pour rétablir les communica­tions et organiser les secours.

Nous avons reçu les dépêches suivantes de notre correspondant particulier à Abriès :
23 janvier, 8 h. 30 soir. Le nombre des maisons effondrées à La Monta est de quatre. La famille Gérard, composée de six personnes, le père, la mère et deux filles, a été engloutie ; on n’a pu encore retirer les cada­vres des victimes.
23 janvier, minuit. On vient de retirer des décombres deux petits garçons vivants. Détail navrant : Les pauvres enfants avaient leur chemise gelée sur eux et se disputaient une méchante couverture.
24 janvier 8 h. matin. Le nombre des victimes vient malheureuse­ment de s’accroître : la famille veuve Bues, com­posée de la mère et de deux filles, a été aussi la proie de la terrible avalanche. Un autre petit garçon a été retiré vivant des décombres.
Nous apprenons d’autre part qu’au hameau de l’Echalp douze toits se sont affaissés sur les voû­tes qui ont résisté au choc. Tout le monde est heureusement sauvé.
On nous mande de Briançon qu’il y a trois mètres de neige au Montgenèvre. Le service des dépêches se fait à pied. Un village situé près de Modane a été englouti par une avalanche ; quatorze maisons sont entièrement couvertes par la neige qui a enseveli six personnes. Il y a 50 centimètres de neige à Briançon.

Les Alpes Républicaines du 25.01.1885.


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