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Association de Généalogie des Hautes-Alpes

Bicentenaire de Théophile GAUTIER, par André DERBEZ
Article mis en ligne le 1er janvier 2018
dernière modification le 8 janvier 2018

par DERBEZ André

BRANCHE PATERNELLE ET ALPINE DE Théophile GAUTIER

Le 2 octobre 1928, René Jasinski, alors professeur à Lille, à la recherche de précisions touchant les origines de la branche paternelle de Théophile Gautier, afin de terminer un ouvrage consacré au poète, écrit à Me Joseph Escallier, notaire à La Bâtie-Neuve et maire de cette commune des Hautes-Alpes. Trois familles du village voisin, Avançon, sont concernées : Gautier, Peautrier et Gérard. Pour pouvoir consulter les registres de l’état civil et les nombreuses pièces de l’ancienne étude de Me Davin, René Jasinski brave distance et froid et, pendant plusieurs jours, poursuit, sur place, avec l’aide du notaire bien ancré dans le pays, son enquête.
1928 : imaginons les écueils ! Le train : certes, il s’arrêtait à La Bâtie-Neuve, en ce temps-là, mais le voyage de Lille était fort long et peu confortable. Pas ou peu de voitures automobiles. Téléphone : un ou deux abonnés. Hôtel sans confort. Hiver glacial. Neige. Tourmente. Déplacements quasi impossibles.
On conçoit très bien que René Jasinski n’ait pu pousser très loin sa recherche.
Son ouvrage paraît, en 1929, à la Librairie Vuibert, 63, boulevard Saint-Germain, à Paris, sous le titre : « LES ANNÉES ROMANTIQUES DE THÉOPHILE GAUTIER ».

Point de départ :

Voici, succinctement, l’amorce de la généalogie, telle qu’on la découvre dans le premier chapitre de l’ouvrage, CHAPITRE I, intitulé ENFANCE ET JEUNESSE :

[1] GAUTIER Pierre Jules Théophile - naissance : 30 août 1811, à TARBES (Hautes -Pyrénées).

  • décès : 22 octobre 1872, à Neuilly, (Seine).

     Parents : Génération 2

    [2] GAUTIER Jean Pierre, né le 30 mars 1778, à Avignon (Vaucluse).
    mariage : 5 et 6 décembre 1810, à ARTAGNAN (Hautes-Pyrénées).
    [3] COCARD Antoinette Adélaïde.

     Grands-parents paternels : Génération 3

    [4] GAUTIER Jean Antoine, né le 4 septembre 1748, à AVANÇON (Hautes-Alpes).
    mariage : 4 avril 1769, AVANÇON.
    [5] GÉRARD Marguerite Lucrèce, née le 20 juillet 1749, à AVANÇON.
    Elle décède le 18 janvier 1821, à Avignon.

     Arrière-grands-parents paternels : Génération 4

    [8] GAUTIER Dominique.
    mariage : 24 septembre 1744, AVANÇON (Hautes-Alpes).
    [9] BUISSON Anne.
    Elle décède à Avançon, le 27 septembre 1768, âgée de 60 ans.

[10] GÉRARD Jacques, notaire ; il décède, à 64 ans, à Avançon, le 1er février 1774.
[11] PEAUTRIER Marguerite.
Elle décède, à Avançon, le17 mars 1762, âgée de 58 ans.

Disposant aujourd’hui de moyens de recherche que n’avait pas, il y a quelque 80 ans, René Jasinski, nous sommes partis de cette base pour compléter la branche haut-alpine du père du Capitaine Fracasse.
Quels sont ces moyens ?

  • le relevé systématique informatisé des registres paroissiaux de la commune d’Avançon, consultable aujourd’hui sur le Site de l’Association Généalogique des Hautes-Alpes [www.agha.fr] ;
  • les registres conservés aux Archives départementales des Hautes-Alpes, accessibles sur le Site des Archives [ www.archives05.fr ].
    Soulignons que l’accès aux deux sites est gratuit.

Il faut savoir que les registres paroissiaux de la commune d’Avançon présentent une importante lacune entre 1708 et 1737, lacune à laquelle on peut ajouter les trous des années 1701, 1702, 1704, 1705, 1706, 1708. Des TABLES compensent, bien que faiblement, la perte des registres manquants. Il s’agit de tables annuelles dans lesquelles seule est enregistrée l’identité de l’individu concerné, patronyme et prénom. Ces tables sont consultables sur le site des Archives départementales. Nous couvrons ainsi, bien qu’imparfaitement, une période comprise entre 1692 et 1792.
. le relevé informatisé des registres paroissiaux de quelques communes voisines permet d’élargir la recherche ;
. enfin, grand secours, les dépouillements informatisés des minutes notariales (contrats de mariages, testaments) couvrant tout le département. Les documents originaux, pour le présent, ne sont consultables qu’aux Archives départementales. La base qu’a constituée l’Association généalogique facilite toute recherche.

BRANCHE GAUTIER

Du côté des GAUTIER, la recherche est rendue difficile, dans les registres paroissiaux, par l’absence de la mention des parents de Dominique Gautier [8] et de celle de la mère d’Anne Buisson [9] fille à feu Jacques [18].
Le contrat de mariage, passé le 13 septembre 1744, chez Me Gérard fils, notaire à Avançon, nous permet de connaître le prénom du père de Dominique : Étienne [16].
Où et quand Dominique Gautier [8] est-il né ? Nous n’avons pu le savoir.
Le tri informatique nous donne, registres et tables réunis, 114 nouveau-nés Gautier, dont 58 garçons, mais aucun Dominique. Les 66 enfants recueillis dans les registres se répartissent entre 17 familles.

 Une seule famille a pour père Étienne, mais le premier enfant naît en 1738, de Jeanne Robert.

Un seul Dominique Gautier apparaît dans la liste des décès ; l’acte est vraiment succinct : le 19 décembre 1787 est décédé Dominique Gautier, âgé d’environ 90 ans et le lendemain il a été inhumé dans le cimetière de la paroisse.
On peut penser qu’il s’agit de l’arrière-grand-père [8] de Théophile.

 Un mariage retient notre attention :

  • Dominique Gautier, fils de feu Étienne et de Bosq Catherine épouse, à Avançon, le 21 juin 1742, Marie Chastel, fille de Pierre et de Jeanne Gautier. On relève une dispense de consanguinité du 3e au 4e degré.

Marie Chastel décède à Avançon le 19 novembre 1742, à l’âge de 38 ans. Union de courte durée : 151 jours !
Catherine Bosq, veuve d’Étienne Gautier, décède le 26 décembre 1739, à l’âge de 65 ans, aux Cossolous.
Les Cossolous, aujourd’hui Cousserons, étaient un hameau d’Avançon : une des fermes qui le composaient a brûlé en 1951, l’emplacement est marqué par des ruines. Il existait encore, après la dernière guerre, dans le quartier, les pierres d’un forest, appelé forest du chassàu (du chasseur), surnom des Gautier que rapporte René Jasinski à la page 9 de son ouvrage cité.
Une route goudronnée permet aujourd’hui un accès facile à la montagne d’Avançon.
Le lieu-dit Les Cossolous apparaît sur la carte de Cassini, feuille 152, Embrun.
Jeanne Gautier, veuve de Pierre Chastel, décède à Avançon, le 27 avril 1747, à l’âge de 60 ans.

 Faisons appel aux minutes notariales.

  • Dans le contrat de mariage, passé chez Me Jacques Girard fils, notaire d’Avançon, le 3 juin 1742, on lit : « Dominique Gautier, à feu Étienne et Marie Chastel, fille de Pierre et de Jeanne Gautier ».
    On apprend, par ce contrat, que Dominique a un frère, André ; que Marie a un frère, Pierre ; que la dot de la future épouse est de 400 livres ; que ni l’époux, ni l’épouse ne savent signer.
  • Dans le contrat de mariage passé chez le même notaire par André Gautier, le 27 juillet 1733, on lit :
    « André Gautier, fils de feu Etienne et de Catherine Bosq, sa mère, ledit Gautier procédant de l’avis de sa mère et de Dominique Gautier, son frère ».
    L’épouse est Anne Espitallier, fille de feu Jean et d’Anne Chabrier, d’Avançon. Trois garçons et deux filles naîtront de ce couple entre 1737 et 1751.
  • Malgré toutes nos recherches, nous n’avons pu établir, à ce stade, d’une façon irréfutable, que Dominique Gautier [8], fils de feu Étienne [16], qui épouse Anne Buisson [9], fille de feu Jacques [18], est bien le fils de Catherine Bosq.
  • La chronologie des événements est, sans aucun doute, responsable de l’absence de mention de la mère :
    1733 : mariage d’André, la mère est vivante.
    1739 : décès de Catherine Bosq, la mère.
    1742 : mariage de Dominique. La mère étant décédée n’est plus mentionnée, seul importe le père.
  • Aucune mention, non plus, du veuvage de Dominique lors de son mariage avec Anne Buisson [9].
    Il n’en demeure pas moins que les probabilités de parenté entre Catherine Bosq, la mère, et notre Dominique Gautier, le fils, restent grandes.
    Elles nous invitent à poursuivre notre recherche.

 Le relevé des mariages de la paroisse de Savines (Hautes-Alpes)

nous permet de retrouver facilement la trace des époux Etienne Gautier [18] x Catherine Bosq [19] :
le 4 février 1700, Étienne Gautier, fils de feu Antoine, d’Avançon, épouse Catherine Bosq, fille de feu François, de Savines.
Le couple s’installe donc à Avançon, vraisemblablement aux Cossolous, où Catherine Bosq décède en 1739.
André, le fils, pourrait être né en 1704, selon les TABLES. Était-il l’aîné ? Aucune trace de la naissance de Dominique.
Les renseignements fournis par l’acte d’état civil étant incomplets - les mères ne sont pas précisées - nous avons fait appel au contrat de mariage.

 Voici l’essentiel de ce contrat passé chez Me Jouve, notaire à Savines, le 4 février 1700 :

Estienne Gautier [16], fils de feu Antoine [32] et de Marie Bernard [33], du lieu d’Avançon et Catherine Bosq [17], fille de feu François [34] et de Louise Manuel [35], de Savines, Estienne Gautier procédant de l’avis et de l’agrément de Mre Dominique Bernard, son oncle, de Pierre Rougier, d’André Gontier et autre André Gautier fu Jean, de Michel Matheron et d’Antoine Peyre, dudit Avançon, ses cousins ; ladite Catherine Bosq, de sa mère, d’Arnoux Bosq, son frère, de Mre Jean Manuel, son oncle, du Puy-Saint-Eusèbe, de Sr Jean Jartoux, châtelain de Savines, son ami.

  Notons aussi qu’Étienne Gautier a une sœur, Anne, et un frère, Joseph, absent depuis environ huit années.

Le 17 septembre 1704, Anne Gautier, fille d’Antoine, d’Avançon, désigne, dans son testament, Dominique Bernard, feu Jean, du lieu d’Espinasses, comme son héritier universel general et particulier (Jean Baptiste Roux, notaire à Chorges, f° 216 verso). Anne Gautier ne sait pas signer.
Marie Bernard [33], veuve d’Antoine Gautier [32], décède à Avançon, le 3 mars 1700. Son âge n’est pas mentionné.

François Bosq [34], fils de feu Valentin [68], baili du lieu de Savines, signe, le 18 janvier 1663, à Savines, un contrat de mariage avec Louise Manuel [35], fille de Jean [70] et de Jeanne Marentier [71], du Puy-Saint-Eusèbe.

Jean Manuel (Jehan Esmanuel) [70], fils de Jacques [140], de Barcelonne (il s’agit de Barcelonnette, dans la vallée de l’Ubaye), habitant au Puy St Euzeby (Puy-Saint-Eusèbe) signe un contrat de mariage chez Me Jouve, à Savines, le 16 janvier 1632, avec Jeanne Marenthier [71], fille de Guillaume [142], du lieu du Roux du terroir de Rialon (Réallon).

 Revenons à Anne BUISSON [9].

Un contrat de mariage a été dressé dans la maison de son beau-frère, Laurens Robert, à Avançon, après midi, le 13 septembre 1744, par Me Jacques Girard, notaire du lieu. Dominique Gautier est fils de feu Étienne et Anne Buisson, fille de Jacques. Cet acte occupe les folios 712 à 714. Le hasard de la chronologie fait que l’acte précédent, 709 à 712, concerne Anne Buisson [9], fille de Jacques [18] et de Louise Aubin [19], de La Bâtie-Neuve.
Anne Buisson, étant prête à se colloquer en mariage, demande à sa demi-sœur et à son beau-frère, ses droits paternels, maternels, à savoir deux cents livres. À la mort de son père, Anne Buisson aurait demeuré jusqu’à ce jour (jour où a été rédigé l’acte) avec laditte Marguerite Buisson et Laurens Robert, son second mari. Le premier époux est Barthélemy Ollivier que Marguerite a épousé, vraisemblablement à Avançon, en 1724 (TABLES).
Jacques Buisson [18], fils de feu Jean [36], d’Avançon, a épousé, à Avançon, le 30 janvier 1700, Louise Aubin [19], fille de feu Jean [38], de La Bâtie-Neuve, Les époux n’ont su signer.
Il faut signaler aussi la première tentative de mariage d’Anne Buisson : un contrat de mariage est passé chez Me Girard fils, notaire à Avançon, le 22 avril 1742 : Louis André, à feu Charles et de defuncte Magdellene Rolland, d’Avançon, avec Anne Buisson, à feu Jacques et de Louise Aubin, de la Bâtie-Neuve.
On apprend, sur Anne Buisson, que François Gertoux est son cousin et Jean Martel, son parrain.
Le contrat de mariage est annulé le 3 mai 1742 : les parties, après avoir pris conseil de leurs parents et amis et pour les raisons à eux connus ne pouvent executer le contrat de mariage intervenu entre eux, reçu par moi, notaire, en date du 22 du mois d’avril dernier...
Louis André épouse Jeanne Arnaud, le 27 août de la même année.

 [8 X 9]

René JASINSKI rapporte, page 4 de son ouvrage cité, que, du couple GAUTIER Dominique X BUISSON Anne, naquirent 3 enfants :

  • Jean Antoine [4], dont la naissance apparaît, le 4 septembre 1748, dans les registres paroissiaux d’Avançon. Le parrain est Antoine Martel ; la marraine, Marguerite Boisson (Buisson).
    Quant à Jean et Joseph, ils sont nés à Valserres où les parents sont ménagers et rentiers du domaine de Malcol apartenant aux Mrs du Laux (prêtres missionnaires de Ste Garde établis à Notre Dame du Laus).
  • Jean est né le 5 juillet 1751 ; son parrain est Jean Soubra ; sa marraine, Madeleine Disdier, de Jarjayes. Sont présents Jean Jacques Nas Vinière, notaire, et Jean Amouric. Le père, Dominique, ne sait signer.
  • Joseph est né le 14 août 1755 ; son parrain est Joseph Givaudan, rentier du seigneur de Valserres, sa marraine, Anne Roubert.

Un mystère plane toutefois : on découvre, toujours dans les registres paroissiaux de Valserres, le mariage, le 10 juillet 1759, de Joseph Aubin, feu Jean et de Catherine Eustachi, de la Bâtie-Neuve, avec Élizabeth Gautier, fille de Dominique et d’Anne Buisson, rentiers de Malcol.
Nous ignorons le lieu et la date de naissance d’Élisabeth.
Serait-ce Saint-Étienne d’Avançon ? Une malencontreuse lacune nous prive des actes paroissiaux des années 1743 à 1751.
Un fait est évident, on l’a mariée bien jeune ! Entre le mariage de ses parents et son mariage se sont écoulées moins d’une quinzaine d’années ! 14 ans 289 jours pour être précis !
Son acte de décès, le 28 mars 1814, à La Bâtie-Neuve, corrobore cet âge : Elisabeth Gautier, veuve de Joseph Aubin, décède, à 3 heures du matin, à l’âge de soixante-dix ans. Elle est donc née vers l’an 1744.
Qui est Joseph Aubin ? Il est né à la Bâtie-Neuve, au hameau des Clots, le 19 mars 1730.
Ses parents se sont mariés à La Bâtie-Vieille, le 17 janvier 1726. Son père est fils de Claude et de Garnier Catherine ; sa mère, originaire de La Bâtie-Vieille, est la fille de Jean et de Marguerite Sarrazin. Catherine Garnier, fille d’Étienne, est originaire d’Avançon.

Selon le contrat de mariage passé chez Me Martin, notaire de Théus et Remollon, le 16 mai 1759, Joseph Aubin est dit ménager habitant à l’ameau des Clots.
Extrayons l’essentiel pour nous de ce long document :

Les futurs époux reçoivent du couple Gautier x Buisson tout un domaine que les donataires ont à la Bâtie-Neuve, quartier de Clot d’Aubin, aux conditions que lesdits futurs époux restent chargés d’acquiter annuellement la pention que ledit domaine, situé au Clot d’Aubin, doit à Madame de Ferrus de la ville de Grenoble.
Ce contrat nous renvoie à un acte de vente passé chez Me Disdier, notaire à Gap, et daté du 6 août 1758 (f° 3508 verso) : Me Jean Reynoard, procureur aux cours de cette ville vend à Doique Gauthier feu Estienne natif du lieu des Cossolous hameau d’Avançon et à Joseph Aubin feu Jean du lieu des Clots, terroir de la Bâtie-Neuve, un domaine audit quartier des Clots et en Ravel, terroir de la Bâtie-Neuve... Prix de la présente vente : 699 livres 19 sols.

L’indication du lieu de naissance, les Cossolous, consolide notre hypothèse première quant à la lignée ascendante de Dominique Gautier.
Y a-t-il un lien entre cette famille Aubin et la mère d’Anne Buisson, Louise Aubin [19], nous l’ignorons.
Revenons au contrat de mariage : Jean Antoine, Jean et Joseph Gautier, les trois frères de la future épouse, recevront chacun
cent livres par moitié du chef paternel et maternel, laquelle somme de cent livres leur sera payée par les futurs époux savoir celle de cinquante livres quand ils auront atteint l’âge de vingt-cinq ans, voudront apprendre un métier ou viendront à se colloquer en mariage.
Attardons-nous un dernier instant sur les présents au mariage, à Valserres, de Joseph Aubin avec Élisabeth Gautier : Jean Estachy, de Saint-Étienne d’Avançon, Louis Martin, notaire royal de Remollon, Jean Estachi, de la Bâtie, Étienne Magalon, de Romette et Messire Noble Charles de Bardel, seigneur de Théus et de la Majorité de Remollon.
La présence du seigneur de Théus à ce mariage peut surprendre, même si l’on sait que ledit seigneur habite Valserres.
Présence fortuite, occasionnelle ? On peut le penser.

 Nous nous devons toutefois d’envisager une autre hypothèse.

Selon Joseph Roman, dans son Tableau historique du département des Hautes-Alpes, pages 50 et 120, Georges de Bardel achète, le 7 février 1605, la seigneurie de Théus qui restera à la famille presque jusqu’à la mort de Charles, survenue à Valserres, le 6 décembre 1769, à l’âge de 40 ans. Or Georges de Bardel n’est autre que le Capitaine Montrond, un des plus braves capitaines de cavalerie, qui accompagna Lesdiguières dans presque toutes ses entreprises.
1580. Lors du Siège mémorable de la Mure que rapporte François-Eugène Arnaud, pasteur, dans son Histoire des Protestants du Dauphiné, volume premier, pages 383 et suivantes, Lesdiguières avait confié la défense de la ville, à Aspremont, assisté de Montrond, des deux frères Chenevières (1), du Port et de La Gautière, choisis entre les meilleurs capitaines.
La note (1) a été corrigée de la main même de l’auteur. Le texte de cette note est reporté dans l’annexe du volume troisième RECTIFICATIONS : P. 386, à la place de la note, lisez Georges de Bardel, sieur de Montrond, Pierre de Bardel, sieur de Chenevières, et Pierre, son fils. L’un de ces derniers fut tué pendant le siège.
La Gautière ou La Gontière ? S’agit-il de Toscan la Gontière ?
On trouve, dans les registres paroissiaux de Valserres et de Théus, les abjurations de membres de la famille de Bardel.
Valserres : le 29 octobre 1695, abjuration de Pierre de Bardel, seigneur de Chenebieres de Theus et autres places et Doucette de Lagier, son épouse ; Gédéon Jean et François de Bardel, Esther de Bardel...
Théus : le 17 juillet 1694 décède, à l’âge de 75 ans, Pierre de Bardel, seigneur de Chenebieres, lequel donna des veritables marques de vouloir mourir dans la véritable Eglise Catholique Apostolique et Romaine...
Lors de leur mariage à Théus, le 7 octobre 1751, Charles de Bardel et Élisabeth Vial d’Alais, veuve de François de Bardel, déclarent qu’ils avaient eu cidevant un enfant baptisé dans la succursalle de Chardavon, paroisse de Seyne, sous le nom de Charles et qu’ils reconnaissent pour leur fils naturel et qu’ils veulent être légitimé.
(Chardavon appartient alors à la seigneurie de Théus ; Seyne, aujourd’hui Seyne-les-Alpes).
A la différence de ceux de Valserres ou de Théus, les registres paroissiaux d’Avançon ne renferment, dans aucun acte, aucune mention permettant de déceler une présence protestante. Tout au plus peut-on être surpris de trouver, dans l’acte de baptême de Marie Gautier, fille de Pierre et de Marie Gros, daté du 14 octobre 1704, un parrain hirlandais, St Denis Malory, et une marraine aussi dhirlande (Marie Nevel). Traces de dragonnades ? Passage de troupes ? Quelques décès ou parrainages de militaires : compagnie de Fleckostei (1694), compagnie de Mr du Sauel (1694), régiment de Lorraine (1695).
Les guerres de Religion n’épargnèrent pas Avançon : 1573, les protestants s’emparent d’Avançon ; 1587, 20 octobre, le colonel de Ramefort attaque le capitaine de Poligny à Avançon ; Lesdisguières vient au secours de ce dernier, le dégage et tue trente hommes aux catholiques.
En 1614, François de Renard achète la seigneurie d’Avançon.
Parmi ses dernières volontés (premier testament daté du 29 décembre 1631, au château d’Avançon, notaires : Jean et Jean Tanc, à Remollon), noble François de Renard, seigneur de la vallée d’Avançon, St Jullien et autres places demande à être inhumé au lieu d’Aspre et a la chapelle de ses predecesseurs et lègue a ladite Église réformée laquelle est audit Corp cent escus pour leur aider a entretenir leur ministre a toujours lesquels seront payés par son heritier souznommé trois mois après son décès.
Aspre : Aspres-lès-Corps où se tint, en 1596, une importante assemblée de réformés du Dauphiné et de Provence pour insister auprès du roi à l’effet d’obtenir un édit favorable (J. Roman).
Ch. Charronnet, à la page 479 de son ouvrage Les guerres de Religion et la société protestante dans les Hautes-Alpes, 1560-1789, relate que des Religionnaires arrivaient à cheval ou à pied des lieux environnants pour s’assembler au château de Théus, et ce jusqu’en 1690, dimanches et fêtes, notamment à la Pentecôte.
Le village d’Avançon, et encore moins les Coussoulous, sont à deux petites heures de marche de Théus. Nombreux alors étaient les sentiers et les drayes à traîneaux dans ce lourd massif de la Saint-Jean.

 N’oublions pas, non plus, deux dates qui marquèrent la région :

  • 1692 : passage des troupes du duc de Savoie : le curé de Théus renvoie le 19 septembre le baptême de Françoise David, attendu que les ennemis nous ont enlevé le bassin des eaux baptismales. A Valserres, fin juillet, début août, quatre femmes, Isabeau Arnoux, 70 ans, Jacmonne Hermitte, 68 ans, Louise Ebrard, 60 ans, Claudonne Roche, 45 ans, sont tuées par les ennemis de l’Etat.
  • Hiver 1743-1744 : campement de troupes à Chorges, La Bâtie-Neuve, Valserres... Épidémies, décès, naissances aussi, il y avait des cantinières ! Guerre de Succession d’Autriche : écot-écho de nos montagnes !

 Rappelons le terrible hiver 1788-1789.

La communauté d’Avançon se révolte, en avril 1789, contre le seigneur du lieu, absent, demeurant à Paris depuis neuf ans, mais dont les greniers du château regorgent de blé. (Bibliothèque Municipale de Grenoble – réf. : 1531).
Cette longue digression, quand bien même elle ne toucherait pas directement la famille Gautier, permet toutefois de mieux cerner l’époque dans laquelle vécurent les ancêtres de Théophile. Peut-être tout ce fatras de légendes autour de ces ancêtres, souvenirs pittoresques que rapporte René Jasinski, a pour origine des événements qui se sont transmis de génération en génération, transformés, embellis à chaque passage.
Émile Bergerat, gendre de Théophile, n’avance-t-il pas que la famille Gautier serait originaire d’Avignon et qu’une montagne « croulante », l’Avançon, leur aurait appartenu !
Ainsi naissent les légendes !
Et, de légendes, René Jasinski en fait hécatombe !

BRANCHE GÉRARD ou GIRARD

À la lecture de l’ouvrage de René Jasinski, il semblerait que la famille Gautier ne se soit guère intéressée aux origines de celle qui fut la grand-mère paternelle de Théophile : Marguerite Lucrèce Gérard [5].
René Jasinski ne pousse pas très loin son enquête, ce qui est fort compréhensible, nous n’allons pas tarder à savoir pourquoi, et, pour le moins surprenant, quand on lit, à la page 11 de son ouvrage, cette remarque d’Émile Bergerat : Par ce temps de physiologie, où l’on se plaît à rechercher l’influence maternelle dans l’histoire des hommes illustres...
Bien qu’intéressés au premier chef par cette branche, nous avons nous-mêmes buté longtemps contre l’obstacle à franchir, la Durance !

Le père de Marguerite, Jacques [10], est notaire à Avançon. Il y a, à l’époque, pratiquement un notaire dans toute paroisse de quelque importance. Avançon compte alors une moyenne de 500 habitants. En 1990, il n’y en avait plus que 279 !
Ajoutons, avant de passer sur la rive gauche :
[20] GIRARD François, fils de Jacques [40], notaire, d’Avançon épouse, le 23 novembre 1706, à Remollon (Hautes-Alpes),
[21] PHILIP Madeleine, fille de Jacques [42], de Remollon.
Le contrat de mariage passé, le 3 novembre 1706, chez Me François Colomb, notaire à Remollon, nous permet de préciser :
[20] GIRARD François, fils de Jacques (notaire) [40] et de Marguerite AYME [41], d’Avançon,
[21] PHILIP Madeleine, fille de Jacques [42] et de Suzanne JACOB [43], de Remollon.

La lecture du contrat de mariage passé le 31 juillet 1672 chez Me Pierre Gertoux, notaire à Avançon, nous permet d’ajouter :
[40] GIRARD Jacques, fils de Jean [80], d’Avançon,
[41] AYME Marguerite, fille de Guillem [82], d’Espinasses.

Le contrat de mariage passé, le 18 février 1660, chez Me Jean Tanc, notaire à Remollon, nous donne :
[42] PHILLIP Jacques, fils d’Albert [84] et de Marguerite SOUCHON [85], de Remollon,
[43] JACOB Suzanne, fille de Jean [86], châtelain, et de Jeanne ALLARD [87], de Théus.
Jean Jacob, châtelain, décède à Théus, le3 octobre 1708,âgé d’environ 90 ans, par un accident funeste.

Chez le même notaire, Jean Tanc, un contrat de mariage, daté du 29 janvier 1636, nous offre une autre génération :
[84] PHILLIP Albert, fils d’Antoine [168]
[85] SOCHON Marguerite, fille de Martin [170], notaire à Remollon.

BRANCHE PEAUTRIER

Notre recherche et notre découverte ont été amplement facilitées par le relevé systématique des registres paroissiaux de Seyne, travail considérable mené à bien par le Cercle Généalogique des Alpes-de-Haute-Provence. Un lien très ancien unit nos deux associations qui se retrouvent, au moins une fois par an, an pair en [05], an impair en [04] !
1995, an impair, nous a réunis à SEYNE-LES-ALPES [04.205] !
Les relevés informatisés et imprimés, naissances, mariages, décès, passèrent de mains en mains.
Et soudain : « Eurêka ! »

 Sans plus attendre

[10] GIRARD Jacques, notaire d’Avançon, fils de François, et de Madeleine PHILIP épouse, le 15 janvier 1738, à SEYNE en Provence (aujourd’hui dans les Alpes-de-Haute-Provence), [11] PEAUTRIER Marguerite, fille de Balthazar et de feue Jeanne GARCIN, de Seyne.

 La suite s’enchaînait

[22] PEAUTRIER Balthazar, fils de feu Jean [44] et de Suzanne Arnaud [45], de Seyne, ancien notaire ; °(20.11.1653, Seyne) ; +(21.01.1743, Seyne),
épouse, le 27.04.1709, à Seyne (Alpes-de-Haute-Provence),
[23] GARCIN Jeanne, °(09.05.1691), fille de Pierre [46] et d’Agnès Savournin [47], de Seyne.
Dispense : Jeanne Garcin [23]est la petite-fille de Jeanne Peautrier [93], épouse de Jean André Garcin [92].

[44] PEAUTRIER Jean
épouse, vers 1650, à Seyne,
[45] ARNAUD Suzanne, °(09.10.1633), fille de Jean [90] et de Catherine Maritan [91].

[46] GARCIN Pierre, °(22.03.1663, Seyne), apothicaire, consul, fils de Jean André [92],
épouse, le 23.10.1687, à Seyne,
[47] SAVORNIN Agnès, °(20.04.1670, Seyne), fille de Jacques [94].

[92] GARCIN Jean André, °(28.12.1608, Seyne),
épouse, vers 1641, à Seyne,
[93] PEAUTRIER Jeanne, °(24.09.1623, Seyne) ; +(07.12.1690, Seyne).

[94] SAVORNIN Jacques, fils d’Antoine [188] épouse, le 20.01.1669, à Seyne,
[95] ANDRÉ Jeanne, fille de Louis [190] et de Marguerite Reynier [191].

[184] GARCIN Joseph épouse, vers 1597, sans doute à Seyne,
[185] DESDIER Catherine.

[186] PEAUTRIER Louis, °(27.01.1602), premier consul, épouse, vers 1622, sans doute à Seyne,
[187] BERNARD Lucrèce, °(26.07.1602), fille de Pierre [374] et d’Anne Dupreux [375] ; elle décède vers 1646.

 Cette branche de Seyne, volontairement dépouillée, appelle quelques remarques

Les PEAUTRIER, établis à Seyne au XVIIe siècle, descendent tous, apparemment, de Louis Peautrier [186] et de Lucrèce Bernard [187], mariés vers 1622, qui eurent entre 1623 et 1645 onze enfants dont l’aînée, Jeanne [93], ci-dessus, et trois fils : Jean Pierre, °(24.10.1627), Esprit °(20.01.1630) et Jean Louis °(28.08.1633).
Jean Pierre ayant épousé Anne Meynier, c’est sans doute Jean Louis qui doit être considéré, sous le prénom abrégé de Jean [44], comme le père de Balthazar [22] et qui a épousé vers 1650 Suzanne Arnaud [45] °(09.10.1633), fille de Jean et de Catherine Maritan.

Nous avons relevé les enfants du couple Balthazar Peautrier [22]x Jeanne Garcin [23] :
1. Jean Pierre, né le 8 avril 1715 ; il est le fils de Me Balthazar, notaire royal et procureur aux juridictions de cette ville de Seyne ; le parrain est Pierre Garcin, apothicaire ; la marraine est Dlle Jeanne Amoureux. Père, parrain, marraine signent.
2. Françoise, née le 20 juillet 1716 ; le père est notaire ; le parrain est Charles Pieule (qui signe Piolle), commissaire garde d’artillerie et la marraine, sa fille, Françoise. Père, parrain, marraine signent.
3. Marie Anne, née le 31 janvier 1718. La profession du père n’est pas mentionnée. Père, parrain (Jean Antoine Chauvet), marraine (Anne Gaillard) signent.
4. Marguerite [11], née le 7 février 1719. La profession du père n’est pas mentionnée. Le parrain est Jean Juramy, marchand, et la marraine Dlle Marguerite Gautier. Nous ignorons qui est cette Gautier. Père, parrain, marraine signent.
5. Jean Baptiste, né le 30 août 1723. La profession du père n’est pas mentionnée. Le parrain est Jean Baptiste Salvat, advocat en la cour, conseiller du roy et son procureur en cette ville, et la marraine, dame Jeanne Honorat, qui signent avec le père et autres présents.
6. Susanne, née le 28 mai 1726. Le père est dit bourgeois. Le parrain signe Piolle de Champflorin (Pierre) ; il est commissaire garde d’artillerie de cette ville et citadelle. La marraine signe Susanne Carle.

Les GARCIN de Seyne semblent appartenir à une longue lignée d’apothicaires. L’acte de décès suivant nous fournit un renseignement de premier intérêt :
Le vingtième dudit mois (janvier 1722) est décédé après avoir reçu les sacrements Sr Pierre Garcin nouveau converti(nous le soulignons) vivant appoticaire agé d’environ quatre vingt trois ans a esté enseveli dans cette Eglise parroissiale près de son épouse aux présences des soussignés.

Voici la copie de l’acte de sépulture de Jeanne GARCIN [23], femme de Balthazar Peautrier [22] :
Le troisième du susdit mois et an (3 mai 1727) est décédée, après avoir reçu les sacrements, Dlle Jeanne Garcin femme de Sr Balthazar Peautryer agée d’environ trente cinq ans et a été ensevelie dans la chapelle de Ste Marthe Chardavon(noussoulignons) prts les soussignés.

Parmi les enfants du couple [46] GARCIN Pierre, maître apothicaire, x [47] SAVORNIN Agnès, nous avons relevé :
1. Jeanne, née le 25 février 1689 ; le parrain a été André Garcin, son grand-père ; la marraine, Jeanne (?), sa grand-mère. Jeanne décède le même jour.
2. Jacques, né le 3 avril 1690 ; son parrain est Jacques Savournin, son grand-père ; sa marraine Jeanne Amoureux, sa femme, tous de cette paroisse et ont signé.
3. Jeanne [23], née le 9 mai 1691, fille de Pierre, maître appoticaire, un des consuls juges ordinaires de cette ville. Son parrain a été Mre Pierre Salvat, procureur ; sa marraine Demoiselle Jeanne Amoureux, épouse de Jacques Savornin.
4. François André, né le 22 novembre 1693. Le parrain a été François André Laugier et la marraine Anne Marie Laugier, sa fille.
5. notons Hiacinte qui a échappé à notre recherche. Il épouse Madeleine CONSTANS, fille de Blaise, bourgeois et de de BARDEL Lucresse, de Selonnet. Le contrat de mariage, daté du 4 janvier 1732, est passé chez Me Jean Baptiste Colomb, notaire de Remollon. Le mariage a lieu à Embrun, paroisse de Sainte-Cécile, où habite Madeleine, le 7 mai 1732.

Cette longue branche GÉRARD, qu’ignorait René Jasinski, apporte un éclairage nouveau sur la personnalité de Pierre Gautier, le père du poète.
On peut imaginer, bien que la vision reste très schématique, d’où venait la vitalité robuste de cet homme taillé pour atteindre le siècle et d’où venait, chez cet excellent homme, affectueux, indulgent, lettré, le goût de l’étude.
Pierre Gautier entreprendra l’étude de l’anglais à l’âge de soixante-treize ans. (page 10 de l’ouvrage cité).

*
* *

Revenons à cet ouvrage pour apporter quelques suppléments d’information :

  • .- retrouvons Élisabeth Gautier, fille de Dominique [8] et d’Anne Buisson [9]. La grand-tante de Théophile, qui semble être l’aînée de la famille, n’aura son premier enfant, inscrit dans les registres paroissiaux de La Bâtie-Neuve tout au moins, que le 29 octobre 1769, une fille prénommée Marie ; son parrain n’est autre que Dominique Gautier, son grand-père ; puis successivement naissent Marguerite, le 21 février 1773, Catherine, le 24 avril 1779.
    Le 10 floréal an 13, date du testament de leurs parents (Me Davin, notaire, f° 3262), seule Marie est mariée : elle a épousé, à La Bâtie-Neuve, le 25 germinal an 3, Jean Bonnafoux, âgé de 32 ans, fils de Joseph et d’Anne Robert, de Montgardin.
    Jean Gautier, le grand-oncle de Théophile, épouse, à La Bâtie-Neuve, le 3 juin 1773, Thérèse Borel, fille d’Antoine et d’Élisabeth Davin, dans l’église de Saint-Pancrace, aujourd’hui chapelle du cimetière. Les époux ne savent signer.
    Le couple s’établit à Avançon.
    L’autre grand-oncle, Joseph, se marie le 24 nivôse an 3 (13 janvier 1795), à La Bâtie-Neuve, avec Marguerite Borel, fille de feu Étienne et de vivante Marie Davin, des Brets. Le hameau des Brès est situé en aval du hameau des Clots où se trouve le couple Joseph Aubin x Élisabeth Gautier, sœur de Joseph.
  • .- du couple [10] Jacques Girard x [11] Marguerite Peautrier naquirent 7 enfants (et non 4) :
    Madeleine (°07.02.1742) ; Jacques (°25.03.1744) ; Joseph (°30.08.1746) ; Marguerite (°20.07.1749) ; Jean Ange (°02.06.1752) ; Jeanne (°30.06.1755) ; Suzanne (°27.10.1759).
    Il va sans dire que le patronyme Peautrier subit maints avatars : Pautrier, Poutrier, Potier, et Girard, Gérard… devient même Girod !
    Madeleine épouse, à Avançon, le 3 mai 1764, François Achard, à feu Pierre et de Marguerite Arthemalle, de Remollon. Magdelaine signe. Notons que Marguerite [5], lors de son mariage, le 4 avril 1769, à Avançon, avec Jean Antoine Gautier, signe l’acte, certes d’une façon quelque peu gauche : Margarite Girare. L’époux n’a su signer.
    Jacques épouse, à Théus, le 13 janvier 1767, Marie Jacob, fille de feu Joseph et de Marie Michel. Dispense du 4e degré de consanguinité. Les deux époux signent.
    Nous ignorons le sort qui a été réservé aux autres frères et sœurs ; aucun d’eux n’apparaît dans la table des décès avant 1792.
  • .- copie de l’acte de décès d’Anne Buisson [9] : Le vingt huit septembre 1768 a été enterrée Anne Buisson, femme de Dominique Gautier, âgée d’environ soixante ans en suite de la permission de Mr le Juge d’Avançon par décret du vingt sept septembre de la présente année. Signé Tholozan de la Magdaleine ancien avocat. Présents les soussignés.
    Nous n’avons pu savoir les causes de ce décès.
  • .- citons René Jasinski : Après son mariage, Jean Antoine [4] vint avec sa jeune femme s’établir à Avignon. C’est là que leur naquirent le 30 mars 1778 un fils, Jean Pierre [2], puis une fille, Marie-Dominique. Mais le ménage se sépara quelques années plus tard. (page 8).
    On apprend qu’en 1809, le sieur Jean-Antoine Gauthier, ouvrieren soie, est absent depuis plus de vingt années de cette ville d’Avignon, et que depuis ce laps de temps on n’en a point eu de nouvelles. (même page).
    • Avignon : Jean Pierre Gautier a été baptisé à Avignon, paroisse de Saint-Didier, le 30 mars 1778 ; il est né ce même jour, vers huit heures du matin. Son père est présent.
    Quand naît Marie Dominique, le 22 septembre 1782, le père est absent. Par contre, le parrain est son oncle maternel, Jean Ange Gérard, né à Avançon, le 2 juin 1752.
    Peut-on croire que Jean Antoine ait quitté sa famille avant la naissance de son second enfant, ou est-ce une absence fortuite ?
    • Avançon : nous avons noté quelques présences de Jean Antoine Gautier à Avançon :
  • le 14 janvier 1769, il est le parrain de Jean Étienne Disdier, la marraine étant Élisabeth Robert. Jean Antoine n’est pas encore marié. Le mariage aura lieu le 4 avril.
  • le 10 octobre 1774, il est, à Avançon, le parrain d’Anne Gautier, sa nièce, fille de son frère Jean, époux de Thérèse Borel.
  • le 4 mai 1787 : il est le parrain d’Antoine Naud.
    Le retour de Jean Antoine au pays natal pourrait être situé peu avant cette date du 4 mai 1787, c’est-à-dire peu avant le décès de son père, Dominique, survenu le 19 décembre 1787, soit plus de vingt années avant 1809.
    Il est utile de préciser que le contrat de mariage de Jean Antoine Gautier en date du 4 avril 1769 (Me François Allard, notaire à Remollon) stipule que - René Jasinski le rapporte à la page 4 de son ouvrage cité - l’époux reçoit par donation entre vifs et à cause de noces irrévocables, tous les biens et effets de son père Dominique Gautier ; il devait toutefois verser cent livres à chacun de ses frères Jean et Joseph, acquitter cinquante livres pour frais funéraires et œuvres pies en l’honneur de sa mère décédée l’année précédente, réserver cinquante autres livres pour les funérailles à venir de son père, assurer à celui-ci une pension viagère de trente livres d’argent payables à la saint Martin, trois charges de blé méteil, trois charges de vin du crû, sans compter le logis et les petits meubles nécessaires.
    L’épouse, elle, apportait en dot 800 livres, auxquelles s’ajoutaient 99 livres 19 sols et 3 sous de « bagues et joyaux ».
    Élisabeth Gautier, épouse de Joseph Aubin, avait reçu sa part lors de son mariage.
    Citons encore René Jasinski (même page) : Après la mort de Dominique Gautier, des contestations s’élevèrent entre Jean Antoine et son frère Joseph ; des actes furent passés, une action introduite devant le tribunal, l’accord définitif conclu presque trente ans plus tard, le 25 mars 1809, le tout pour une somme de 350 francs. (Me Davin, notaire à La Bâtie-Neuve).

Ce que l’on croit comprendre, en parcourant les registres de Me Davin, notaire à La Bâtie-Neuve, c’est que Jean Antoine a, au cours de son séjour solitaire à Avançon, dilapidé, peu à peu, son bien :

  • 25 ventôse an 8 : Jean Antoine Gautier, d’Avançon, doit à Jean Gertoux, d’Avançon, la somme de 108 francs numéraire, somme que ledit Gautier a hypothéquée sur tous les immeubles qu’il possède dans la commune d’Avançon. (1 E 6839, fo 1452, no 67)
  • 28 nivôse an 11 : Jean Antoine Gautier reconnaît et confesse devoir au citoyen Jean Pierre Caire la somme de 50 francs et au citoyen Jean Ollivier (Les James) la somme de 40 francs ... (f° 2594).
  • 10 floréal an 13 : Jean Antoine Gautier reconnaît et consent devoir à Jean Pierre Ricard demeurant à Saint-Étienne d’Avançon, la somme de cent francs qu’il lui a prêtée en pièces de cours ...(f° 3269).
  • 1er fructidor an 13 : Jean Antoine Gautier vend à Joseph Pelloux, d’Avançon, une partie de la vigne qu’il lui a affermée par acte reçu par nous notaire le 2 floréal an 12 [...] le prix de la présente vente étant convenu et arrêté à la somme de 250 francs que les parties ont compensée avec pareille somme sur ce que ledit Pelloux avait donné en paiement audit Gautier lors de l’acte de bail à ferme du 2 floréal an 12 ... (f° 2993 et 3340).
    Ajoutons à ces quelques actes ceux que rapporte René Jasinski (pages 4 et 5 de son ouvrage) :
    . 1806, f° 3604 : location de la maison que Jean Antoine possède dans le village d’Avançon (15 francs par an) ;
    . 1806, f° 4297 : bail à titre de ferme à Joseph Davin d’un domaine et forestage sis au quartier de la Montagne d’Avançon. C’est sans doute ce forestage que Jean Antoine vend, par devant François Meissonnier, notaire à Valserres, à son neveu, Jean Joseph Gautier, (né le 7 novembre1778), fils de Jean, le 5 octobre 1829. (René Jasinski, page 9, note 3).

L’an 1831 et le 16 octobre, Vincent Robert et Blaise Reymond, tous deux cultivateurs à Valserres, déclarent que Jean Antoine Gautier âgé d’environ 86 ans (mandiant) (sic) originaire d’Avançon, canton de La Bâtie-Neuve, se trouvant casuellement audit Valserres, est décédé le jour d’hier, (15 octobre 1831), dans le grenier à foin dudit Robert, l’un des déclarants, à onze heures du soir ...
C’est ce qu’on peut lire dans les registres de l’état civil de Valserres, acte n° 25, de l’année 1831.
À bien calculer, Jean Antoine Gautier, grand-père paternel de Théophile, n’avait que 83 ans et 41 jours. Nous sommes loin du centenaire de la légende !
Légende qui, comme souvent dans les familles, enfouit au plus profond des mémoires, les faits peu glorieux.
Cette légende, rapporte Bergerat, cité par René Jasinski, page 9, a retenu un homme d’une force colossale et d’une stature proportionnée à sa force. Il vivait en plein air, le fusil en bandoulière, toujours marchant et chassant, sorte de burgrave errant et farouche, auquel la ville faisait horreur. Butait-il contre un caillou, il entrait dans des colères terribles, et il déchargeait sur lui, à bout portant, les deux coups de sa carabine ...

Dans la profusion des événements de cette légende dorée, des zones d’ombre persistent. Il est une question que ne s’est pas posée René Jasinski : pourquoi Jean Antoine, l’aîné des mâles de la famille, et qui recueille, de son père, une grande part d’héritage, a-t-il quitté, avec sa femme, Avançon pour Avignon ?
Deux questions en une : la raison du départ ; le choix du lieu de l’exil.
Nous ne saurons vraisemblablement jamais la raison de ce départ. Quant au choix du lieu de l’exil, on peut penser que, soit l’une, soit l’autre des familles, ait eu quelque attache à Avignon ou, pour élargir la recherche, dans le Comtat Venaissin. Nous penchons pour les Girard. Cette longue lignée de notaires portant ce patronyme - on en trouve à Gap, à la Bâtie-Vieille - n’aurait-elle pas pour souche cette enclave papale ?

Voici quelques éléments de base tirés de l’ouvrage, paru en 1929, ne l’oublions pas, de René Jasinski :
. acte de baptême de Jean Pierre Gautier : archives municipales d’Avignon, paroisse St-Didier, naissances, 1776-1790, p. 46.
. Marie Dominique, tante de Théophile, qu’on appelait Mion, mourut le 31 mars 1860. Elle habitait 128, rue Calade, une maison si petite qu’un chariot eût pu la transporter tout d’une pièce. Sa mère, Marguerite Gérard, lui avait légué, avant sa mort, survenue le 18 janvier 1821, presque tous ses biens. Mion ne se maria jamais : une décevante attitude de son fiancé avait, dit-on, blessé pour toujours son idéalisme ingénu.
Nous laissons au lecteur le plaisir de découvrir quelle fut l’attitude du pauvre fiancé : Judith Gautier, la fille aînée de Théophile, dévoile le geste inconsidéré du soupirant éconduit, dans son roman Le Collier des Jours, chapitre XXVIII, un livre plein de souvenirs d’enfance où se mêlent, dans une subtile harmonie, charme et humour.
Judith fut la première femme à être élue à l’Académie Goncourt. C’était en octobre 1910.

Nous quittons à ce point l’arbre ascendant.
Théophile eut trois enfants :
Théophile (°29 novembre 1836), d’une liaison avec Eugénie Fort ;
Judith (°25 août 1845) et Estelle (°28 novembre 1847), d’Ernesta Grisi, chanteuse d’origine italienne.

Théophile Gautier est mort paisiblement, en dormant, le mercredi 23 octobre 1872, à huit heures trente-deux minutes du matin. Le service funèbre eut lieu le vendredi 25 octobre, à midi très précis, à l’église de Neuilly. Le corps fut transporté au cimetière Montmartre, dans un caveau de famille.

CONSULTATION DES DOCUMENTS

Tous les documents concernant les Hautes-Alpes peuvent être consultés aux Archives départementales, route de Rambaud, 05000 Gap, et, aujourd’hui, pour ce qui concerne l’état civil, sur le site : http://www.archives05.fr.
Les documents d’état civil concernant Seyne ont été consultés à la mairie de Seyne-les-Alpes, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Ils sont consultables aujourd’hui sur le site : http://www.archives04.fr.
L’ouvrage de René Jasinski devrait se trouver dans toute bonne bibliothèque. L’exemplaire qui nous a servi de base porte la référence 15722 à la bibliothèque municipale de Gap.
Les trois ouvrages historiques cités ont été réédités par la « Librairie des Hautes-Alpes » - 05000 Gap :

  • Tableau historique du département des Hautes-Alpes, de Joseph Roman.
  • Les guerres de religion et la société protestante dans les Hautes-Alpes -1560-1789-, de Ch. Charronnet.
  • Histoire des Protestants du Dauphiné (1522-1791), par E. Arnaud, pasteur, (3 volumes).
    L’ouvrage de Judith Gautier, Le Collier des Jours, est réédité chez Christian Pirot, 13, rue Maurice-Adrien, 37540 Saint-Cyr-sur-Loire.
    Carte de Cassini : feuille n° 152, Embrun.

    VISITE GUIDÉE

    Partons à la recherche de quelques actes cités :

Archives départementales des Hautes-Alpes : www.archives05.fr

Ressources numérisées —> Etat civil —> Choix d’une commune —> A

AVANÇON :
— mariage de Jean Antoine GAUTIER avec Marguerite Lucrèce GERARD, le 4 avril 1769.
Registre 1767-1771 (31) [nombre de clichés] O Visualiser Clic ! Faire glisser le curseur (petit triangle bleu) – en haut, à droite – jusqu’au cliché 13.
L’acte se trouve au bas de la page droite.
— mariage de Dominique GAUTIER avec Anne BUISSON, le 24 septembre 1744.
Registre 1742-1746, cliché 11/19 : page droite, avant-dernier acte.

VALSERRES :
— décès du grand-père paternel de Théophile : 15 octobre 1831.
Registre 1828-1832, cliché 48/60, page gauche, bas.
— mariage de Joseph Aubin et de Elisabeth GAUTIER, le 10 juillet 1759.
Registre AC 1744-1794 cliché 8/100, page gauche. (AC : Archives Communales)

Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence : www.archives04.fr

Archives en ligne —> Etat Civil —> Actes paroissiaux —> lettre S

SEYNE
— mariage de Jacques GIRARD avec Marguerite PEAUTRIER, le 15 janvier 1738.
Registre 1721 – 1760, 639 images, image 245/639, en haut de la page droite, au-dessus des nombreuses signatures !

Archives de la ville de TARBES : www.archives.tarbes.fr

Registres numérisés —> Etat civil —> Etat civil moderne —> Dates : 1803-1812 —> cote 1E16 —>
Dates 1811-1812 Registres d’état civil Naissances 1811-1812
Clic : Voir le registre
Choisir dans le menu déroulant portant des numéros, le cliché 103/437. Zoom.
L’acte, dans le registre, porte le numéro 127.

Nous vous laissons tout au plaisir de vos découvertes !


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