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Association de Généalogie des Hautes-Alpes

7 février 1790, élection du premier maire de MANTEYER
Article mis en ligne le 1er janvier 2018
dernière modification le 8 janvier 2018

par GUIONY Gilbert
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Avec un ample signe de croix et d’un « ite, missa est » encore sonore le vieil abbé MEVOLHON, curé de la paroisse de MANTEYER depuis 1758, venait de marquer la fin de la messe dominicale. D’une main qui ne rencontra au fond du bénitier de pierre qu’un bloc de glace chaque fidèle se signa en quittant la vieille église de Notre Dame des Pommiers. Les femmes se dispersèrent, pressées de retrouver dans leurs modestes logis le feu de la cheminée. Entre deux dizaines de chapelet, une vieille grand-mère, presque impotente, l’avait chichement entretenu.

Si quelques hommes s’en étaient allés d’autres, regroupés devant le porche de l’église, attendaient. Pour atténuer le froid vif qui paralysait leurs orteils, ils tapaient sur le sol gelé leurs pieds mal chaussés. De petits groupes se constituaient, les discussions commençaient. Quelques esprits forts n’avaient pas assisté à la messe reprochant à l’abbé de chercher, en sous-main, à priver la Nation des biens et revenus de l’Eglise que les représentants du peuple, à Paris, avaient décidé de confisquer. Ils rejoignaient maintenant ceux qui, comme eux, étaient appelés à se réunir, ce dimanche 7 février 1790 après la messe, dans l’église paroissiale.

Sur un des battants de la porte une affiche officielle invitait les « citoyens actifs »1, nommément convoqués, à élire un maire et divers membres du futur « conseil de commune ». Un décret de l’Assemblée Nationale, du 14 Décembre 1789 avait mis fin au système des Consuls, instaurant un nouveau mode de gestion de la communauté.
Les esprits s’échauffaient. Certains heureux de cette promesse de démocratie ; d’autres inquiets de voir remis en cause un ordre ancien qui, disaient-ils, avait fait ses preuves.
La plupart, indécis, fatalistes face aux lointains évènements de Paris, restaient persuadés de leur inéluctable pauvreté.

On comptait sur le devant de l’église plusieurs dizaines de citoyens actifs tous « dans le cas de concourir » à cette élection. Parmi eux, venus de tous les hameaux qui, du levant au couchant et de midi à bise, constituaient cette petite communauté d’environ
650 âmes, on reconnaissait Joseph LEAUTIER « Biset », Jean LEAUTIER « Cabanon », Jean LEAUTIER « Calendry », Etienne ROGOU, Jean Baptiste REYNAUD, Pierre Antoine CHEVALIER, Barthélémy GUILHAUME, Jacques ALLEMAND « Figon », Guilhaume PELLENQ, Jean Baptiste GAILLARD « Fusquet » et bien d’autres…

Les consuls Jean RICARD et Etienne CHEVALIER, qui bientôt ne le seraient plus, invitèrent les citoyens « cy assemblés » à entrer dans l’église où devaient se dérouler solennellement ces élections. Sous l’autorité des trois plus anciens, Joseph MONDET et Etienne CHEVALIER furent respectivement désignés président et secrétaire de séance. Commencèrent alors les divers tours de scrutin. A plusieurs reprises chaque électeur déposa dans « la boîte » un billet sur lequel il avait écrit, ou fait écrire, le nom de son choix. Quand les scrutateurs eurent vérifié, compté et recompté les bulletins, le président se leva et proclama les résultats :
« Pierre Antoine CHEVALIER élu à la pluralité des voix et au-dessus de la moitié des suffrages maire de la présente communauté de Manteyer ». 47 citoyens sur 74 votants accordaient leur confiance à cet homme de 50 ans qui, dans sa fonction de châtelain2, avait été l’homme du seigneur.
Furent également élus Joseph MONDET « procureur »3 ; Jacques ALLEMAND et Barthélémy AMOURIQ « officiers municipaux ». A Joseph LEAUTIER, Guilhaume PELLENQ, Antoine CHEVALIER, Jean Antoine RICARD, Jean Jacques QUEYREL et Pierre ASTREOUD revenait la charge de « notables ». Tous « prêtèrent serment devant la communauté cy assemblée de maintenir de tout leur pouvoir la constitution du Royaume, d’être fidèles à la Nation, à la Loy, au Roy, et de bien remplir leur fonction. »

Ainsi venait d’être élu le premier maire de Manteyer et le premier « conseil de commune. » Vingt sept citoyens signèrent le procès verbal lu par le secrétaire de séance « à haute et intelligible voix » ; les autres « illettrés, n’ayant su le faire ».

Midi était passé depuis longtemps lorsqu’ils sortirent de l’église. Dehors le froid s’intensifiait. Dans moins d’une heure Séuse4 avalerait le soleil et envelopperait les hameaux d’une ombre glaciale. Il était temps d’aller se réchauffer dans une des nombreuses auberges du pays et de fêter, autour d’un ‘’mesuron’’ de vin de Neffes, ces temps nouveaux.
En rejoignant le chemin, en contrebas de la croix de pierre érigée en 1776, quelques-uns jetèrent un regard de défi au château. Au-delà des champs enneigés il offrait ses arcades aux derniers rayons du soleil. Des hautes cheminées montait une fumée dont l’arrogante intensité laissait imaginer la bonne chaleur des grandes salles seigneuriales. N’était-ce pas le bois coupé par leurs haches et transporté par leurs mulets qui y brûlait sans retenue ?
Cet ordre injuste allait-il changer ? Ce Pierre Antoine saurait-il les défendre, lui qui depuis des années servait les intérêts de la famille PINET5 ? Ils l’espéraient pourtant, un peu rassurés par l’honnêteté de l’homme mais conscients de la nécessité de rester vigilants pour ne pas se laisser voler ce premier acte de démocratie et de liberté.

Epilogue
Le premier mandat de Pierre Antoine CHEVALIER s’acheva le 13 novembre 1791 avec l’élection de Guilhaume PELLENQ. D’autres mandats de maire lui seront confiés. Il mourra en fonction le 31 décembre 1819. Quelques années plus tard son fils, le capitaine Jacques Philippe CHEVALIER (1777-1840), occupera lui aussi le fauteuil de maire.

Notes

1↑ - citoyens payant une contribution d’une valeur de 3 journées de travail.
2↑ - préposé choisi par le seigneur pour gérer ses biens. Il n’ est pas le propriétaire du château.
3↑ - fonction dont je n’ai pas su déterminer les attributions.
4↑ - orthographe ancienne encore utilisée en 1790.
5↑ - propriétaire du château et de ses terres depuis 1783..
* Les citations en caractères italiques sont extraites du procès verbal déposé aux Archives Départementales à Gap (série E).

Article de Gilbert Guiony

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